N° 136 / Le 136 esquissé

Note de la rédaction: Ce numéro voit apparaître une nouvelle rubrique, les « Savoirs des couloirs ». Cette rubrique, inaugurée dans le présent numéro par le texte de Kühni, Fracheboud et Archimi, vise à rendre compte et à mettre en discussion les préoccupations du terrain autour de thématiques en lien, ou non, avec le thème du dossier.

 

Le dossier

Le Breton met en discussion notre rapport d’être humain à la peau. Il est alors question de mots, de contacts physique et social, de frontières physique et symbolique, de distances, de ritualisation, d’interprétations, de malentendus, d’émotions et de sensations.

Golay et des étudiant·e·s de la HETSL, Besse, Pradeau, Romano et Wagnière questionnent la reconfiguration de l’accueil professionnel des enfants en âges préscolaire et scolaire au temps de la distanciation sociale en mobilisant quatre récits d’expérience. Elles et ils rendent non seulement visible la créativité dont ont fait preuve ces équipes éducatives pour poursuivre leur mission d’accueil des enfants et de leurs parents tout en respectant les contraintes sanitaires, mais aussi l’impact de ces contraintes sur le développement de la socialisation horizontale et de l’autonomisation des enfants.

Chabloz partage ses réflexions de psychomotricienne pour soutenir, en collaboration avec les équipes éducatives, la sécurité affective des jeunes enfants accueillis dans les structures d’accueil collectives, en ces temps d’incertitude et de contraintes diverses et variées. Elle propose quelques moyens concrets et facilement applicables dans les trois groupes d’enfants considérés. On y voit alors des bébés apaisés, des « 1-2 ans » retrouvant leur capacité d’exploration et de « 3-4 ans » apprivoisant leur propre peur.

Bellion-Banide et Gey rappellent la dimension psychique du care et discutent du nécessaire repositionnement de celle-ci lorsque les contraintes sociosanitaires envahissent le quotidien des professionnel·le·s de l’éducation de l’enfance. Elles montrent, en se basant sur le modèle d’accueil collectif de jour français, l’importance de la libération de la parole dans un espace dédié, pour donner du sens à l’expérience vécue et ainsi pouvoir remettre en mouvement la pensée et, par voie de conséquence, l’action.

Borel discute de l’impact des évolutions sociétales et de leurs contraintes sur les pratiques des professionnel·le·s de l’enfance et ce quel que soit leur statut. Après avoir démontré comment certaines mesures considérées comme protectrices un jour deviennent source de danger un autre, elle invite les professionnel·le·s à revisiter régulièrement, avec distance critique, la manière dont elles et ils incarnent les valeurs qui fondent leur profession, tout en rappelant une réalité non discutable : leur part d’humanité.

 

Les savoirs des couloirs

Kühni, Fracheboud et Archimi font dialoguer l’expertise des professionnel·le·s en éducation de l’enfance avec celle de scientifiques autour du toucher, qui est, elles et il le rappellent ici, ô combien essentiel et primordial dans tout métier de la relation, tout particulièrement lorsque cette relation s’instaure avec de jeunes enfants. Après un retour sur le « moi-peau » d’Anzieu et ses différentes fonctions dans la relation, elles et il s’essaient à dresser une typologie, fort prometteuse, des touchers en éducation professionnelle de l’enfance.

 

Faire & Penser

Dumitrascu s’intéresse à la situation de transition telle qu’elle se présente ordinairement dans les structures d’accueil collectif de jour en analysant, sur la base d’observations fines qu’elle a menées dans le cadre de son travail de bachelor en éducation sociale, ce que vivent les enfants dans ces situations. Il apparaît alors qu’ils construisent, dans un jeu d’interactions avec les pratiques des professionnel·le·s en éducation de l’enfance, une imbrication de repères tant relationnels que spatiaux et temporels.

 

Dire & Lire

Kühni nous emmène au spectacle écouter une histoire de bisous. On y rencontre une maman lynx, un papa ours, une mamie chauve-souris, un tonton morse et on y sent des odeurs de moisi et de naphtaline. On y apprend comment les jeunes enfants peuvent appréhender, dans les deux sens du terme, les bisous et aussi que, parfois, un peu de mise en scène permet de dépasser le sens des mots.

Robert Frund et Sophie Tapparel